Xavier Brissard – Educateur : « Peut-être que si on formait un peu moins au poste et davantage au rugby, ce serait plus intéressant ! »

Ancien joueur de rugby amateur, Xavier Brissard a choisi d’écrire un livre pour transmettre et partager son expérience du terrain. Grâce à̀ son fils, licencié depuis ses 5 ans, il a choisi de rester au bord de terrain en devenant éducateur bénévole de rugby (en banlieue parisienne). Il s’est formé dans un club dit de « Masse » avant de rejoindre Massy, l’un des meilleurs clubs formateurs de France. Toujours en suivant le parcours de son fils, Xavier est passé dans toutes les catégories de l’école de rugby, des moins de 6 ans jusqu’au niveau Crabos.

Aujourd’hui, il a choisi d’écrire un livre à destination des écoles de rugby, des jeunes joueurs, de leurs parents et des éducateurs… pour mettre en avant sa vision du rugby, et la manière dont il est possible d’améliorer la formation. Fruit de son vécu, de sa prise de conscience du gouffre qui sépare les « petits » clubs des grands clubs, ce livre propose des solutions pour développer la formation, tant critiquée en France ces dernières années.

« Il faut que l’on forme les éducateurs pour qu’ils apprennent l’autonomie aux joueurs, stimuler leur intelligence pour l’amener à trouver, seul, les solutions aux problèmes auxquels il est confronté. L’aiguiller, lui montrer des pistes, lui donner confiance pour qu’il ose s’y aventurer. Lui tendre la main si nécessaire et pouvoir la lâcher au plus vite. Nous ne sommes là pour former que des rugbymen, mais aussi pour former des Hommes »

Avec une première expérience dans un petit club de banlieue, Xavier prend conscience des besoins de tous ces clubs. Le problème de compétence et de contenu de la formation est une question que soulève l’auteur dans son ouvrage. Même si les instances dirigeantes du rugby français réalisent un gros travail de leur coté, Xavier met des mots sur les faiblesses de notre système. Il y a un gouffre entre les clubs professionnels et formateurs, et le reste du monde :

« Déjà dans ma formation (Brevet fédéral) j’ai trouvé qu’il y avait un décalage de discours entre les éducateurs des clubs professionnels et formateurs, et ceux des clubs lambda. Une des raisons principales à cela : c’est le temps d’entrainement. De 2 à 3 heures d’entrainement par semaine contre 4 à 6 heures pour des U14… Quand vous finissez de travailler votre premier bloc, ils finissent de travailler leur troisième bloc… Il faut donc optimiser la formation pour gagner du temps de formation [..] sans compter la différence de moyens à tous les niveaux. »

Grâce à son expérience d’éducateur dans le club de Massy, où il a entraîné durant 5 ans, Xavier Brissard met en avant la différence entre les plus grands clubs français et les clubs qui ont été obligés de faire de la formation pour exister

« Les grands clubs comme Toulouse, Clermont… se sont mis « tardivement » à la formation par rapport à des clubs comme Vannes, Massy ou bien d’autres qui ont été obligés de former pour pouvoir exister, évoluer. Les grands clubs ont un tel réservoir de jeunes, ultra motivés, d’entraineurs de qualités, que le niveau est forcément bon […] Quand tu as de vrais spécialistes, (qui ont joué à haut niveau) avec une grande quantité́ d’entraînement. Des jeunes surmotivés… ce n’est pas la garderie, le sport pour tous… mais bien du rugby »

Dans les plus petits clubs, d’autres paramètres entrent en jeu. Les éducateurs qui doivent composer avec des groupes souvent distincts, ne peuvent pas tout le temps s’exprimer comme ils le voudraient :

« Il y a un rugby plus plaisir où on accepte d’avoir des jeunes plus lunaires, qui viennent passer un bon moment avec leurs copains, qui sont contents de venir, ou pas. Il y a, à coté́ de ça, des structures pour pouvoir un jour peut-être faire carrière, même très tôt. Il faut peut-être appeler un chat un chat.  Accepter d’être un club qui propose du loisir, de l’activité sportive… ou un club qui impose de la rigueur, de la formation pour essayer d’aller faire de la compétition au plus haut niveau »

« Ils ont déjà plus ou moins cette étiquette, mais l’assument-ils ? »

Mais aujourd’hui, les clubs accepteraient-ils d’avoir une étiquette « club loisir » ou « club compétition ». ? C’est un peu le problème actuel que soulève l’auteur dans son ouvrage. Mais le problème n’est pas ce fait là, mais est plutôt ailleurs :

« Là où c’est gênant, c’est pour les enfants, quand on a des jeunes qui ont envie d’apprendre, qui rêvent de devenir rugbyman et qui se retrouvent dans des clubs où transpirer, se donner du mal, ou le collectif passe après l’anniversaire du petit frère ou de la météo. Est-ce qu’ils arriveront à atteindre leur rêve ? On ne le sait pas, mais donnons-leur vraiment les moyens d’essayer, de réaliser leur rêve. Tout le bagage dons ils auront besoin pour oser tenter leur chance dans des grands clubs »

Le problème de compétence et de formation remonte à la surface. C’est là que le travail doit s’opérer avec une amélioration de la qualité de contenu proposé par les éducateurs. Les jeunes viennent avant tout pour jouer au rugby. Ils doivent être formés au rugby en général et non pas sur quelques spécificités.

« Pourquoi on se retrouve avec des jeunes qui jouent en poste très tôt, dès les U12 ou U14. Pire, certains ne veulent pas jouer à tel poste ou tel autre… Quand un jeune veut faire n°9 et rien d’autre, ce n’est pas normal. Il devrait vouloir venir jouer au rugby, jouer au ballon avec les potes, mais il ne devrait pas déjà̀ avoir un poste. Peut-être que si l’on formait un peu moins au poste et davantage au rugby, ce serait plus intéressant ! [..] Le gamin qui joue n°9 depuis 10/12 ans pendant plusieurs années ne s’aura finalement faire que ça »

Mais Xavier Brissard va encore plus loin. Pour tenter de donner une formation plus complète aux jeunes et leur permettre d’acquérir des bases solides, c’est vers un entraînement nourri de ce qui se fait ailleurs qu’il faudrait prendre exemple selon lui :

« En gymnastique sportive, un mouvement est acquis lorsque l’on peut enchainer un mouvement avant et un après celui que l’on travail. Si l’on adaptait cela en école de rugby, le plaquage ne devrait être validé que si le plaqueur se relève et tente de gratter ou de contre rucker. Cela permet d’appuyer sur la notion d’effet miroir. Le plaqueur, s’il reste au sol, s’auto annule. Nous sommes passés de 15 contre 15 à 14 contre 14. Mais s’il se remet en action dans la continuité un surnombre commence à être crée. Se contenter d’expliquer comment faire tomber l’adversaire ne suffit pas. »

Pourquoi avoir appelé votre livre : L’Art de la guerre du Rugby ?

« Le rugby est un sport de combat et d’évitement. Les joueurs doivent savoir quand aller au combat et quand l’éviter, cela doit venir de leur initiative, pas par manque de choix, par manque de vision, ou parce qu’ils jouent dans l’urgence. Le rugby est surtout un sport qui doit se jouer avec la tête avant de faire jouer les muscles »

Avec le développement actuel du rugby, l’émergence des féminines et les questions actuelles du rugby amateur et sa dangerosité, l’auteur fait dans son livre un parallèle avec Maître Sun Tzu et son ouvrage « L’art de la Guerre ». Le philosophe chinois met en avant la contrainte de l’ennemi à abandonner la lutte, y compris sans combat, grâce à la ruse, l’espionnage, sa grande mobilité et l’adaptation à la stratégie de l’adversaire.

« Maitre Sun Tzu dans son livre mythique « L’art de la guerre » a vraiment travaillé́ sur cet aspect intelligent du combat jusqu’à vaincre sans combattre. Si nous sommes plus efficaces en consommant moins d’énergie, il y a moins de risque de perdre le match après la 60ème minutes »

« A Massy, il y a 22 ou 23 nationalités différentes »

Le rugby, un outil d’intégration sociale majeur. Le club de Massy est un exemple en la matière puisque plusieurs jeunes issus de milieux défavorisés s’en sont sortis grâce au rugby, et à la formation du club parisien. Xavier Brissard fait un lien entre le rugby et l’intégration sociale. Notamment grâce à son passage à Massy où de nombreux jeunes issus de quartiers défavorisés viennent trouver dans le rugby, une manière de donner un nouvel objectif à leur vie :

« Dans la vie, quand on est désiré, que l’on se sent utile, que l’on a un but, généralement, on arrête de végéter, ou de faire chier le monde »

Dans une société où la mixité sociale a parfois du mal à exister, le club de Massy est un exemple en la matière. Mais le problème n’existe pas quand on en revient au rugby

« Sur le terrain, le mec à coté́ de nous, ne vient pas d’un quartier défavorisé, de la cité, ou de Versailles, il n’est pas noir, blanc, gris ou jaune.0 Sur le pré, il n’y a qu’une religion : celle de la solidarité. Quand on sait que l’on peut compter sur les mecs d’à coté́, ça créé des liens formidables. C’est pour cela que cela devrait être développé́ un peu plus partout. Quand est ce que le rugby fera partie intégrante de la scolarité ? »

« Les filles sont plus cérébrales que les garçons »

Au cœur du rugby depuis plusieurs saisons, le développement de la pratique féminine est à la mode, avec des françaises compétitives sur la sphère internationale. Dans son parcours de formateur, Xavier Brissard a eu l’occasion d’entrainer des féminines.

« J’ai une vision d’un rugby où la tête commande le corps, et je constate que les filles sont plus cérébrales que les garçons. Elles proposent souvent un jeu agréable et fluide. Le rugby féminin est un bel outil pour le développement de notre sport. Un sport qui a besoin d’être plus connu du grand public »

La conclusion de l’auteur est la suivante « Que l’on soit à̀ l’école, au travail ou au rugby, il faut réfléchir avant d’agir » avec un livre qui s’adapte à tous, et apparait donc plus comme une leçon de vie que de rugby !

« J’aimerai que mon livre soit lu par les parents des joueurs, pour qu’ils comprennent mieux ce que leurs enfants vivent comme sport, et pourquoi cela peut devenir une passion. Les parents qui n’ont pas leurs enfants au rugby, l’objectif est que ce magnifique sport entre dans leur champ de vision. Pour les joueurs, l’objectif est qu’ils prennent conscience que s’ils veulent, ils peuvent. Et pour les coachs, les éducateurs… pour qu’ils puissent comprendre le rugby et qu’ils puissent gagner le match de leur vie »

L’art de la Guerre du rugby est disponible en vente sur Amazon, Fnac.com, Decitre ainsi que Cultura.

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  • Jean Dos Santos

    Jean est étudiant en Master 2 AMOS SPORT BUSINESS SCHOOL. Il est passionné de rugby et de corrida. Au cours de ses études, il a notamment développé un site d'information dans ce domaine, Mundillo Taurino. Il s'intéresse particulièrement à tous les aspects de développement de la dimension performance des sports.

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