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Rory Teague : « Vivre à Bordeaux, je me pince tous les jours pour être certain de ne pas rêver »

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Vous ne connaissez pas bien Bordeaux, fief de l’Union Bordeaux-Bègles ? Moi non plus quand j’ai débarqué en France. Mais aujourd’hui, je me sens Bordelais. Visite guidée.

La vie à la française

Nous vivons en plein cœur de Bordeaux. On apprécie sortir une à deux fois par semaine avec ma femme et ma fille, ainsi qu’avec nos amis. On essaie de dénicher des restaurants, comme vous dites, et les tester tous ensemble comme le font les Anglais avec les pubs le dimanche où la famille s’y réunit. Nous avons même été voir le spectacle de Petit Ours Brun en français pour ma fille de 4 ans (rires).

Le café plutôt que le thé ! / Photo : Stéphane Operti.

Bordeaux, quelle ville !

Vous avez les avantages d’une grande ville à taille humaine et le tout avec classe. Ma famille est bien installée ici. On peut se balader partout, à pied, en tram. On adore aller faire nos courses au marché des Capucins, s’y promener le dimanche. Les Bordelais sont agréables car ils ne sont pas trop intrusifs mais peuvent vous tendre la main quand vous en avez besoin. On y ressent le poids des traditions et de l’état d’esprit français, et en même temps, Bordeaux étant de plus en plus visitée et attractive à l’étranger, elle s’ouvre de plus en plus à beaucoup de nationalités. Tous les soirs, quand je quitte Bègles où l’on s’entraîne et que je rentre à Bordeaux, je me pince pour être certain que je ne rêve pas. Nous sommes des privilégiés.

Le marché des Capucins.

Vivre à la bordelaise

Depuis que je suis arrivé en Gironde, j’ai pris 5 kilos. Eh oui, nous aimons manger… Mine de rien, les Français ont une facilité pour bien vivre qui paraît normale mais qui ne l’est pas partout dans le monde. Ne serait-ce que le petit plaisir d’aller acheter sa baguette tous les jours. J’adore ! J’ai mes habitudes. On prend le temps de manger, de voir ses amis, de s’inviter, de ne pas faire tout vite vite.
En tant qu’Anglais, je n’avais pas une grande culture du vin. Mais vivant dans l’une des capitales mondiales de cet art, j’ai la chance de le découvrir petit à petit. J’ai pu passer quelque temps avec un sommelier qui m’a initié. D’ailleurs, étant quelqu’un de curieux, je sens que comprendre le vin, l’apprécier pourrait devenir un loisir. Il me tarde de participer aux prochaines vendanges avec le club comme chaque année.

Marqué Sud-Ouest

J’apprécie énormément le Sud-Ouest. J’ai très bien vécu quand j’habitais Tarbes par exemple. Vous imaginez, l’Océan, Toulouse ou la montagne à une heure de route ! Et Bordeaux me correspond aujourd’hui. Vous y trouvez une ville superbe, une gastronomie et des vins de grande qualité, un bon climat et des gens agréables ! Un exemple, quand je quitte la maison le matin, je ne me fais jamais de soucis pour ma femme Lucie et ma fille Lolita. Qu’elles se sentent en sécurité, qu’elles s’adaptent et s’amusent, tout ça, est juste parfait. D’ailleurs, Lucie insiste pour que je gagne des matches car elle n’a pas du tout envie de partir !

La relation avec les supporters

L’UBB constitue le public le plus nombreux d’Europe. Il ne faut pas l’oublier. Avant que j’arrive, nous étions un peu fermés sur nous-mêmes. Depuis ma prise de fonction, j’ai décidé que tous les entraînements seront ouverts. Même l’entraînement du capitaine qui permet de réviser les tactiques à mettre en place pour le match du lendemain. Je veux rapprocher les joueurs et les supporters qui nous donnent tant. Quand j’évoluais aux Saracens, double champion d’Europe et triple d’Angleterre, il y avait seulement un fan et son chien qui venaient nous voir. Ici en Gironde, nous avons près de 19 000 supporters de moyenne ! On se doit d’avoir un lien fort avec eux, de les tirer dans notre sillage.
Je sais que dernièrement, mes propos très francs et parfois sortis de leur contexte n’ont peut-être pas plu à tout le monde. Quelqu’un a d’ailleurs taggé « Votons le Teague exit » devant le stade d’entraînement. Ce geste m’a marqué mais il m’a surtout donné énormément de motivation. Je suis encore plus certain que je peux faire en sorte que l’UBB soit meilleure et la sortir de cette belle image de gentil club famille qui ne se qualifie jamais. On peut garder nos valeurs mais en gagnant davantage. Malheureusement, il faut un peu de temps pour changer certaines habitudes. Je suis conscient que dans le rugby pro, nous n’en avons pas beaucoup.

Les brasseries bordelaises en famille comme au pub en Angleterre. / Photo : Stéphane Operti.

Presque que le rugby dans la vie

Je travaille énormément car c’est ma passion. Je ne compte pas mes heures. Le temps qui me reste, il est consacré à ma famille qui m’apporte un équilibre. Ce que j’adore. C’est peut-être ce qui explique que je n’ai pas beaucoup de loisirs hors rugby. Il m’arrive de faire du golf de temps en temps mais je n’éprouve pas le besoin d’évacuer la pression propre à mon rôle par une autre activité ou à travers un confident. Ni d’en parler avec ma femme : elle n’aime pas. Cela me ferait peut-être du bien d’évacuer mais ce n’est pas mon caractère.

Ma famille vient nous voir en France

Ma famille, ma mère, mon oncle qui a été international, mon cousin dont je suis très proche viennent beaucoup nous voir à Bordeaux. Beaucoup. Je ne retourne pas souvent en Angleterre, Gloucester d’où je suis originaire. Ah, j’oubliais ! La famille de ma femme, dont sa mère, vient aussi souvent.

La famille Teague va s’agrandir. / Photo : Stéphane Operti.

Bientôt un lien encore plus fort à l’Hexagone

Je ne suis pas ici que pour la durée de mon contrat, prendre l’argent et rentrer chez moi. Ce n’est pas du tout ma philosophie de vie. Ma femme et ma fille Lolita (4 ans) vont bientôt bien parler français. On réfléchit à acheter une maison ici et on attend un heureux événement. Vous imaginez ? Ma deuxième petite fille va naître en France…

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