Philippe Tayeb – Aviron Bayonnais : « Face à la crise, il faut se développer encore plus sur le long terme »

Après une première journée de Top 14 ponctuée par une défaite à Brive et un succès convaincant face à Clermont, l’Aviron Bayonnais navigue à vue sur le plan sportif, comme toutes les autres équipes. Aucun cas de Covid 19 n’est à déplorer du côté de Jean Dauger mais la préparation a été perturbée par l’annulation de matchs amicaux et la jauge des 5 000 spectateurs, si elle est maintenue dans la durée, est une véritable épée de Damoclés sur les finances du club. Dans ce contexte, le président Philippe Tayeb, a accepté de partager avec nous les projets du club et sa vision sur les mois à venir.

Comment abordez-vous la reprise de la compétition ?

Tout le monde a envie de retrouver les terrains. Au-delà de l’aspect purement sportif et de la compétition, ne pas jouer met les clubs en grave danger, vis-à-vis de leurs annonceurs, des sponsors, du grand public… Le rugby se devait de revenir le plus vite possible sur la scène médiatique : recommencer à accueillir du public, être à nouveau diffusé à la télévision, occuper l’actualité sportive.

Comment avez-vous fait face à l’épidémie ces dernières semaines ?

Cette crise sanitaire nous oblige à s’adapter, à être extrêmement réactifs. La semaine dernière, par exemple, nous avons du annuler notre match amical face à l’UBB, moins de 48h avant sa tenue (un joueur de l’équipe girondine avait été contrôlé positif).  Sur le même principe, notre premier match de Top 14 a été décalé du samedi au dimanche.

Et sur le plan économique… ?

D’abord, pour cette nouvelle saison, nous avons eu la confiance des abonnés : le nombre d’abonnement est stable par rapport à l’an dernier, malgré le contexte. Cela illustre bien le lien de confiance que nous avons avec notre public. La confiance est également de mise avec les entreprises partenaires, puisque leur nombre a même augmenté.

Mais si la jauge à 5000 personnes est maintenue, économiquement, nous ne pourrons pas tenir. D’ailleurs, aucun club ne le pourra (à l’exception de quelques très rares clubs au modèle économique différent). Si la règle dure dans le temps, il faudra nécessairement un accompagnement de l’état.

Le public bayonnais est un élément fort du club. Comment avez-vous maintenu le lien pendant cette période sans match ?

Photo by Pierre Costabadie/Icon Sport – Stade Jean Dauger – Bayonne (France)

Nous avons mis en place beaucoup d’opérations autour de l’équipe, en faveur des différentes associations que nous accompagnons. Nous avons d’ailleurs monté un fond de dotation. Ceci nous a permis de garder du lien pendant la période de confinement, à travers nos différents supports digitaux : notre site internet, nos réseaux sociaux, notre newsletter…

Mais pour que l’Aviron continue d’exister, cela ne peut passer que par la pratique du rugby.

2 mois avant l’arrivée de l’épidémie vous présentiez officiellement le projet modernisation de Jean Dauger. Qu’en est-il aujoud’hui ?

Ce projet de restructuration du centre de formation et d’entrainement et de l’espace autour du stade a été lancé il y a plus de 2 ans. Le principal objectif est de fournir un bel outil de travail à notre staff : terrain semi-couvert, nouveaux bureaux, centre de performance, centre de soins…

Mais au-delà des installations purement sportives, nous allons aussi construire une nouvelle tribune, développer le parcours clients autour du stade (snacking, buvette), mettre en place des campus et de nombreuses loges VIP qui génèreront des ressources.

L’objectif est donc double :

  1. s’appuyer sur notre force qui est la formation et se doter d’outils qui permettront de garder nos jeunes. Nous nous fixons comme objectif, 60 à 80% de joueurs formés ou issus du Pays Basque.
  2. mettre en place un véritable modèle économique autour du stade.
Photo by JF Sanchez/Icon Sport – Philippe TAYEB – Yannick BRU – Stade Jean Dauger – Bayonne (France)

Le stade s’inscrit aussi dans une perspective de digitalisation des services pour les fans ?

Les innovations digitales sont portées par notre directeur général. Nous allons créer une application axée sur les achats en ligne, la réservation de consommation, le suivi des actualités du club…  Le projet est déjà en étude, avec un partenaire financier dont l’implication est déjà acté (sponsoring et naming de l’application). Nous gardons cependant en tête, que le digital, les nouvelles technologies, il faut se les approprier. Ayant un public qui est en partie composé de 50-70 ans, nous avons donc de gros enjeux de simplicité d’utilisation… Mais cette application est un levier important pour engager notre public et développer nos revenus autour de ce futur stade.

Quelles sont vos ambitions pour cette saison, les mois à venir ?

Face à cette crise, il nous faut développer encore plus à long terme. Le projet de nouveau stade s’inscrit totalement là-dedans. A plus court terme, il y a tellement d’ingrédients liés notamment à la Covid 19, au calendrier surchargé, que c’est impossible d’afficher des ambitions…

D’abord on va jouer au rugby. Les ambitions sont secondaires.

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  • Gillen Gamiochipi

    Gillen est data-journaliste et responsable éditorial de Branchez Rugby.