Maxime Lucu : « Je garde le contact avec le milieu des travaux publics »

J’ai failli ne jamais devenir professionnel. Surtout, ce n’était pas mon objectif étant jeune. Logique que j’ai ainsi toujours œuvré pour une activité hors rugby avec sérieux et aussi avec plaisir. Le plaisir, une notion importante pour moi.

 

Début de saison du BO

Pour avoir vécu les quatre saisons depuis que Biarritz est descendu en Pro D2, c’est la première partie de championnat la plus aboutie. Nous avons dominé pas mal d’équipes et obtenu de bons résultats. Le fait de nous trouver dans le bon wagon depuis le tout début, on appréhende la saison différemment. Avec moins de questionnements et un jeu plus relâché. Nous proposons un rugby davantage porté vers l’attaque et les résultats suivent. On n’oublie pas que ce championnat est particulièrement long et que deux défaites d’affilée peuvent tout changer, mais globalement, on est dans le vrai.

 

Une formation épicurienne

Plus jeune, on ne m’a jamais promis comme à certains copains un avenir prometteur. C’était d’autant plus logique que je n’étais pas forcément bon au rugby. Mais c’est venu petit à petit sans jamais perdre de vue cette idée force de prendre du plaisir sur le terrain. Et plus je prenais du plaisir, plus je devenais performant.
Je me souviens aussi d’un déclic en Espoir où en début de saison, on me dit que je j’étais considéré N°3 à mon poste et que je ne jouerai donc pas beaucoup. Cela m’a un peu fait tiquer. J’ai tout donné lors des matches amicaux et après trois rencontres, je suis passé de N°3 à N°1. Et beaucoup des copains à qui on avait prédit cet avenir prometteur évoluent aujourd’hui en Fédérales ou en Honneur. A quoi tient une carrière…

Demi-de-mêlée formé à l’ouverture, Maxime Lucu apprécie peser sur les matches. / Photo Manuel Blondeau

 

Le neuf buteur dans le rugby moderne

Beaucoup d’entraîneurs avaient tendance à dire qu’un demi-de-mêlée ne bute pas, étant avant tout un éjecteur et un gestionnaire. Mais depuis une dizaine d’années, on voit énormément de N°9 buter comme c’est mon cas. C’est d’ailleurs bien entré dans les mœurs. Plus que le rôle du buteur, c’est avant tout un feeling entre les buteurs de l’équipe et leur coach. Regardez, même si je butais régulièrement depuis trois ans à Biarritz, avec l’arrivée de Pierre Bernard qui est un buteur international, cela ne me dérange pas de lui laisser la place tant que le BO gagne.
Après, de nos jours, ne pas être buteur n’est pas rédhibitoire. Prenons le jeune Antoine Dupont qui ne bute pas. Il n’a rien à envier à beaucoup des meilleurs à son poste, tant il fait du travail par ailleurs. Alors si en plus il butait, il ne serait pas loin d’être le N°1.

 

Mon travail au but

Quand j’étais à St-Pée, c’était mon oncle qui avait pris l’habitude de me faire travailler ce secteur. Il s’agissait avant tout d’un amusement pour nous. Puis en Cadets, notre équipe ne disposant pas de buteur, mes entraîneurs m’ont demandé d’endosser ce rôle alors que j’évoluais à l’ouverture. A force de botter et de m’entraîner, le plaisir et la régularité sont allés crescendo.
Arrivé en Reichel-Carbos au BO, on m’a de suite mis sous l’aile de l’intervenant Laurent Mazas, ancien ouvreur et buteur des Rouge et Blanc qui offre le Brennus de son fameux drop en 2002. Nous avons tissé des liens et c’est encore lui qui m’entraîne en première actuellement. Sept ans après.
En général, il intervient une fois par semaine après la mise en place de l’équipe où l’on travaille les coups de pieds propres à mon poste et le jeu face aux barres. Mais de mon côté, c’est quasi quotidiennement que je m’entraîne, car à ce niveau, le manque de régularité vous fait perdre le pied comme on dit. Le rôle du buteur est prépondérant tant l’équipe compte sur vous. Malgré la pression, buter reste pour moi un plaisir. Taper dans ce ballon me permet de m’évader. De taper plus ou moins fort en fonction des conditions ou de l’humeur. Il y a une similitude avec le golf.

 

Mon tee

En Cadet, quand buter a commencé à devenir sérieux, j’ai pris le temps d’essayer tous les types de tees. Le Gilbert vert avec quatre dents que j’ai sélectionné est le modèle auquel je suis toujours resté fidèle. C’est celui avec lequel j’étais le plus régulier. En plus, le club en reçoit régulièrement de par un sponsoring.
Au fur et à mesure des saisons, on se règle dans notre gestuelle, avec les ballons et avec le tee. Je positionne généralement mon ballon incliné vers l’avant façon torpedo. En frappant la pointe basse, il y a plus de puissance dans mon coup de pied. Je préfère.

 

 

Le rôle et le geste du buteur. / Photo Manuel Blondeau.

 

Mon après-rugby

Je n’ai achevé l’école qu’il y a deux ans. Suite à quoi, j’avais décidé de privilégier ma carrière sportive. J’ai pourtant fait un BTS travaux publics au lycée Cantau, j’ai enchaîné sur une Licence avant d’entrer au centre de formation durant lequel je me suis spécialisé sur l’utilisation de divers logiciels précieux dans ce secteur, comme AutoCAD pour faire des plans ou de la 3D. J’ai aussi enchaîné avec six mois de stage dans une entreprise du Pays Basque avec laquelle j’ai pu étudier le terrain ou appréhender les chantiers. Ce n’est qu’à cette issue que j’ai eu la chance de signer pro et d’ainsi me consacrer entièrement au rugby pour tenter de faire quelque chose de bien dans ma carrière.
Mais évoluer en Pro D2 ne m’empêche pas de garder contact avec les entreprises que je connais ou que j’ai fréquentées et d’ainsi aller leur rendre visite de temps en temps, de visiter des chantiers ou de ne pas couper le lien. Même si d’ici deux ou trois ans, une autre idée d’activité pourrait venir, je suis depuis quelques années tourné vers les travaux publics.

 

Le Top 14

En commençant à fréquenter un peu le haut niveau de son sport, logiquement, évoluer en Top 14 fait envie. Avec l’Angleterre, c’est le plus gros championnat de clubs au monde ! J’ai eu des pistes mais je sais aussi que mon poste de demi-de-mêlée est soumis à une rude concurrence en France. Je suis lucide sur mon niveau et les qualités qu’il faut que je travaille. Le projet et le temps de jeu sont aussi des notions importantes pour moi. Quelques joueurs ont souhaité évoluer en Top 14 pour finalement cirer les bancs et voir leur carrière être mise en danger. Je suis conscient de ma chance. J’avance sans me prendre la tête. Mon ambition, elle est pour mon club, le BO, mon club de cœur avec lequel je désire gagner et retrouver l’élite.

 

 

  • Maxime Lucu

    Demi de mêlée ou d’ouverture, buteur - Né le 12/01/1993 (23 ans) à St-Jean-de-Luz - 1,77m et 81kg - Clubs : St-Pée-sur-Nivelle, Biarritz

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