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Jacques Boussuge : « Le rugby offre les moyens d’avancer tous ensemble »

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Je vous ai raconté ce que je suis devenu dès lors que j’ai raccroché les crampons. Voyons un peu d’où je viens. Comment et où je me suis construit à travers ce sport. Vous vous souvenez ?

 
Pourquoi le rugby

J’ai grandi au Pays Basque avec des parents biarrots et un grand-père international. J’ai toujours évolué dans le rugby. A huit ans, j’ai pris mes trois meilleurs copains et je leur ai dit : « vous voulez pas qu’on aille essayer le rugby ? » On est partis s’inscrire au SCUF (Sporting Club Universitaire de France, ndlr) ce super club formateur. L’école de la vie, comme dit le slogan. Durant ces années, j’ai appris le partage, l’intégration. Dans un petit club, on est obligé de faire avec tout le monde, que le coéquipier soit bon ou pas. Du moment qu’on est dans le même bateau avec quelqu’un d’un peu plus faible, on va avoir tendance à le tirer vers le haut. Quand ce n’est pas soi-même le plus faible. C’est la meilleure leçon que j’ai apprise au rugby. Plus que la somme des individualités, ce sport et cette philosophie permettent à ce que tout le monde apporte sa pierre à l’édifice et au collectif de trouver les moyens d’avancer. Tous ensemble.

 

Du SCUF au PUC

J’y ai évolué jusqu’à l’âge de 15 ans. J’ai alors intégré le PUC (Paris Université Club, ndlr) en même temps que je suis rentré au Lycée Lakanal jusqu’à mes 20 ans.
Durant ces cinq belles saisons, j’ai eu la chance de fréquenter des joueurs plus ou moins connus, à l’instar de Dimitri Yachvili. Certains sont devenus des amis fidèles.
Je n’oublie pas non plus Serge Collinet, mon tout premier éducateur au collège Georges-Braque qui m’a donné envie de jouer ou mes sélections jeunes en Bleu bien plus tard ou avec une sacrée sélection Île-de-France.

En 2009, Jacques porte les couleurs de Montpellier en Top 14, ici contre Biarritz. / Photo : Nicolas Guyonnet

Le Rugby professionnel

Je n’ai jamais eu de plan de carrière rugbystique au début. J’évolué au PUC en Fédérale 1 où je marquais presque tous les weekends. J’ai un peu évolué en équipe de France U21. Cela a attiré les clubs pros et c’est comme cela que je suis parti à Montpellier de 2005 à 2010. Avant la période Galthié et la finale au Stade de France.

 

Jeune face à la réalité

Malgré la présence plus ou moins heureuse des agents qui peuvent vous aider ou pas, je me suis retrouvé à vingt ans à devoir parler argent, business, payer mes impôts, etc. Il faut être mature plus rapidement sur certains aspects de la vie quand d’autres pensent à étudier ou déconner. C’est la même réalité aujourd’hui même si peut-être que les clubs accompagnent davantage leurs salariés.

Un petit derby de préparation estivale en 2014. / Photo : Manuel Blondeau

Les évolutions

A mon époque, il y avait plus de relations directes avec le coach et le président. Il y avait un peu plus de respect et de lien entre les joueurs aussi. Je fréquente encore indirectement ce milieu et j’observe que c’est beaucoup plus business. Pourtant, j’ai stoppé le rugby qu’en 2015-2016. Les relations humaines ont changé. Et puis ce sont les chiffres qui parlent : les joueurs restent moins longtemps et la notion de groupe semble s’étioler. Aujourd’hui, on demande un entretien pour être reçu et l’argent a une place centrale.

 

Ce que le rugby m’a apporté

J’ai fait partie des générations qui n’ont connu que le rugby pro. C’est un milieu extrêmement dur, quand on prend du recul. Dès le lundi matin, on est soumis à l’analyse vidéo de notre performance du weekend dernier et on tremble à l’idée de prendre deux mois de frigo. On bascule ensuite vers les entraînements où l’on joue sa place à chaque instant contre ses coéquipiers et adversaires pour le poste. La crainte de la blessure est toujours là. Le jeudi, si on est dans le groupe pour le match, avec la pression du Top 14, on ne fait que penser qu’on n’a pas le droit de se rater. Puis viens le match où chaque geste compte et se trouve disséqué. Si le coach ne vous a pas choisi pour le match, on est au fond du sceau. Et ainsi de suite chaque semaine pendant des saisons marathon. Bref, il n’y a pas de pitié et les fameuses valeurs du rugby au plus haut niveau, ce n’est que du marketing, à quelques exceptions près. Certains personnes méritent le détour. Mais du coup, quand on se retrouve dans la « vraie vie », on trouve ça presque un peu soft par rapport à ce qu’on a vécu dans notre sport.

 

 

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