Denis Charvet, « La dernière passe »

Denis CHARVET

Certains joueurs de rugby se font encore des passes, notamment dans l’hémisphère sud. Si les Bleus actuels n’ont pas trop eu le loisir de s’en faire en octobre dernier, l’ancien international Denis Charvet s’est interrogé, lui, sur ce qui fut la dernière offrande qu’il partagea sur un terrain de rugby, c’était à Landsdowne Road, il avait 35 ans.

Le natif de Cahors vient de sortir aux Editions du Ballon Carré un livre autobiographique sur ce qu’il appelle une « petite mort », « La dernière passe« . Aucune ambiguïté sur la passe dont il s’agit – nous ne sommes pas au foot – et aucune ambiguïté sur la souffrance et la douleur qui accompagnent le joueur de rugby de haut niveau ( et le champion en général) lorsqu’il vient de faire la dernière passe.

Les lumières s’estompent alors, la vie semble s’arrêter, l’auteur parle même de « mort debout » tant le choc est brutal, tant la réalité rattrape tout à coup le champion qui redevient un homme ordinaire et qui, toujours selon l’auteur, suscite maintenant de « la compassion » plutôt que de « l’admiration » d’avant.

Il évoque également, lors d’une interview radiophonique, qu’il lui a été nécessaire de se faire suivre (ce qui lui était souvent arrivé sur les terrains lors de ses courses folles) pour s’en sortir. Cette difficulté à « rebondir » pour les anciennes gloires aurait d’ailleurs donné l’idée à Pascal Papé de créer une société qui accompagnerait les sportifs de haut niveau à vaincre « l’après ».

C’est vrai, cela doit être difficile d’être adulé puis de ne l’être plus, soudainement ; d’être en pleine possession de ses moyens puis les voir décliner ; tout simplement, peut-être, d’être jeune et puis de vieillir.

Pour ma part, je crois que ce combat n’est pas uniquement celui des champions et je pense également à l’anonyme des stades reculés, au sportif inconnu, entouré d’inconnus comme lui qui courent chaque dimanche après la balle ovale, puis qui va travailler le lundi, le dos lourd et le visage parfois balafré des stigmates d’un combat sans arène. Je pense à ces milliers d’anonymes qui ont fait ou feront dans la plus totale indifférence leur dernière passe et qui vivront sans fanfare la « mort debout » de nos stars.

Je n’oublie pas non plus la dernière passe de Jonah Lomu, ce colosse black qui nous a tant émerveillés et qui a succombé à son ultime coup de rein…

 

 

  • Alain Ortega

    Troisème ligne aile - né le 29/10/1961 (56 ans) à Paris - 1,85 et 90 kgs - clubs : RCC (La Courneuve), CSBM (Le Blanc-Mesnil), Club de Libreville (Gabon) - Equipe universitaire de Paris VIII - vice-champion de France universitaire de Jeu à XIII en 1983.

  • Show Comments

Your email address will not be published. Required fields are marked *

comment *

  • name *

  • email *

  • website *

You May Also Like

IPSA - #skillschallenges

Participez aux #skillschallenges Ipsa de Branchezrugby !

Branchezrugby, en partenariat avec l’équipe de rugby de l’Ipsa, une école d’ingénieurs aéronautiques basée ...

Noisy le grand - rugby

RCNoisy-le-Grand, quand le rugby se mobilise pour les enfants malades !

Le RCNoisy-le-Grand Marne la Vallée, qui évolue en promotion d’honneur, est un de ces ...

France-Tonga : ça cartonne !

La France a gagné et Dusautoir, vu le large sourire qu’il affichait en fin ...