Réussir ou échouer : Matai Leuta des USA Sevens choisit de réussir

En partenariat avec Aedelhard, nous partageons ici l’un de leurs articles sur le joueur Matai Leuta, international Sevens des Eagles (USA Sevens). Matai Leuta n’est pas qu’un sportif de haut-niveau. Amateur d’art et de mode, il s’implique aussi dans la création et le recyclage de vieux vêtements et laisse sa créativité intérieure s’épanouir, comme beaucoup de monde pendant cette période de confinement. Retour sur les hauts et les bas de ce joueur d’origine fidjienne aux Etats-Unis.

Confiné comme nous tous, la vie de Matai Leuta s’est temporairement allégée de sa rigueur liée à son statut de rugbyman professionnel membre de l’équipe nationale masculine Sevens des États-Unis. Alors, naturellement, le sens artistique de Leuta et son goût pour la mode sont revenus au premier plan. Le colosse de 1m94 pour 111kg a donc prévu d’apprendre à coudre et même d’assembler des vêtements.

« C’est une sorte de vieille école », dit Leuta, 29 ans. « J’essaie juste de commencer par les bases et de m’y retrouver. Je veux en savoir plus sur les tissus et les patrons… pour acquérir une connaissance plus large du monde de la mode. »

J’ai toujours aimé l’art.

Il a déjà conçu quelques croquis pour des t-shirts mais son ambition va plus loin. Leuta est donc un rugbyman, artiste dans l’âme, avec un véritable projet de reconversion et de formation dans le milieu de la mode. Aedelhard l’a rencontré dans un café à San Diego un soir de novembre 2020.

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L’histoire d’un joueur fidjien qui réussit aux USA

L’histoire de Matai Leuta est celle d’un joueur unique en son genre. C’est aussi celle d’un voyage atypique vers les sommets du rugby américain.

Au printemps 2016, juste avant que les sélections ne soient faites pour les étapes de Las Vegas et Vancouver des World Rugby Sevens Series, l’entraîneur des États-Unis, Mike Firday, avait appelé Leuta pour une conversation. Une discussion franche, directe mais cordiale.

Un an plus tôt, Leuta était apparemment sorti de nulle part pour glaner un contrat avec les Eagles et avait fait ses débuts sur l’étape de Hong Kong. Moins de deux mois plus tard, il avait été convoqué dans la formation de départ de la finale du Tournoi Londres et il avait disputé l’intégralité de la finale de 20 minutes qui a vu les États-Unis remporter leur tout premier titre de tournoi sur les World Series. Il semblait qu’il était arrivé.

«Faire partie d’un moment de l’histoire était surréaliste», dit Leuta. «C’était un sommet à ce moment de ma carrière.»

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Un an plus tard, les choses étaient différentes : il profonde discussion a alors eu lieu entre Leuta et  le coach Friday.

« Le coach m’a dit droit dans les yeux que j’avais des capacités athlétiques exceptionnelles mais que je n’exploitais pas pleinement mon potentiel, non de là. Je risquais de tout perdre. »

Cette conversation avec Mike Friday restera dans ma mémoire longtemps.

« Il m’a dit que j’ai devenu trop laxiste », confie Leuta. « Ce petit grain de folie qui m’avait conduit à l’équipe nationale n’était plus là. »

« Comme me l’a dit Friday, c’était une conversation qui devait avoir lieu parce qu’il ne voulait pas que j’échoue. Il m’a dit que si je choisissais de concentrer mes efforts sur quatre ou cinq axes d’amélioration, j’exploserais. A contrario, si je ne fournissais pas les efforts, j’échouerais.

« Honnêtement, je me suis senti abattu et meurtri pendant un petit moment, mais ensuite il y a eu un réel changement dans mon comportement. »

Leuta était allé trop loin pour tout laisser tomber – de Monterey à Nakasi et vice-versa – des Monterey Beach Dogs aux Seahawks de San Jose en passant par les Eagles.

« Cela a été un coup dur depuis. C’est une leçon que je n’oublierai jamais. »

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Peu de temps après leur conversation, Leuta a joué avec les Falcons des États-Unis lors du Las Vegas Invitational 2016, mais a subi une blessure au pied qui l’a mis sur la touche jusqu’au camp de préparation olympique cet été-là. Il n’a pas pu participer aux JO de Rio, mais le fantastique joueur qui avait attiré l’attention du staff des Eagles 20 mois plus tôt était bel et bien de retour.

C’est à ce moment-là que j’ai commencé à me reconstruire.

La décennie qu’il a passée à vivre aux Fidji a forgé sa volonté de réussir dans le rugby. La chance de réaliser ses rêves était à saisir.

Après avoir passé les six premières années de sa vie à résider en Californie, Leuta a déménagé avec sa tante aux Fidji d’où sa famille est originaire.

« Elle est venue me rendre visite et elle voulait que je découvre les Fidji et que je connaisse mon patrimoine et ma culture. »

Aux Fidji, il a découvert comment s’amuser simplement avec le rugby.

« J’ai attrapé mon premier ballon de rugby à sept ans et je ne l’ai jamais lâché. »

Comme tout le monde, il s’est levé au milieu de la nuit pour regarder l’équipe fidjienne de rugby à sept jouer sur les World Series.

« Vous pouvez l’entendre dans chaque maison lorsque les Fidji marquent ou lorsque les Fidji gagnent. »

Naturellement, il pratiquait ce sport sans cesse et en toutes circonstances.

« Même sans ballon de rugby, on pouvait me voir en train de lancer une chaussure ou une pantoufle ou une bouteille en plastique remplie à moitié d’eau. »

Parmi les amis d’enfance de Leuta se trouve le médaillé d’or olympique devenu star de Pro14 Viliame Mata.

« Aux Fidji, on s’amuse simplement », dit Leuta. « Pas besoin de terrain. Cette créativité fidjienne vient de ces premiers jours où il prenait une bouteille vide et la jetait avec ses amis en attendant le bus de l’école. »

Les Fidji sont progressivement devenues le domicile de Leuta.

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J’ai adoré ma vie aux fidji et j’étais tellement heureux de rester sur l’île.

Cependant, à 16 ans, ce qui était censé être un court voyage aux États-Unis pour une fête de famille s’est transformé en un voyage qui a changé sa vie. Alors qu’il était encore à l’aéroport de Fidji, un responsable local de l’immigration a alerté Leuta du fait qu’il avait dépassé la durée de son visa. Il ne serait pas autorisé à rentrer au pays pendant une année complète. Il avait un vol de 11 heures pour commencer à réfléchir à un nouvel avenir.

À son arrivée aux États-Unis, il a décidé que sa meilleure option à long terme serait de rester en Californie et de terminer ses études secondaires.

À ce moment-là, le rugby est devenu plus un passe-temps – sortir jouer au toucher les mardis et jeudis avec les Beach Dogs, puis jouer le samedi.

Après avoir été diplômé de Seaside High School, il a suivi le schéma type américain : aller au collège et ensuite trouver un emploi. Mais après avoir rejoint les Sea Jose de San Jose, qui jouaient à un niveau plus élevé que les Beach Dogs, il a commencé à prendre le sport plus au sérieux, modifiant à la fois l’entraînement et les habitudes alimentaires.

En 2014, un autre moment bouleversant s’est produit. Il a été libéré de son travail de jour.C’est à ce moment-là que Leuta, 24 ans, a su ce qu’il voulait vraiment faire dans la vie.

Je veux jouer au rugby.

  • Gillen Gamiochipi

    Gillen est data-journaliste et responsable éditorial de Branchez Rugby.