Dimitri Yachvili : « Face aux Sarries, le Racing va devoir augmenter encore son niveau de jeu »

Dimitri Yachvili

Consultant rugby pour France Télévisions, Dimitri Yachvili sera au commentaire du choc européen Racing 92-Saracens ce samedi. Il a accepté de partager avec nous son analyse du match et plus globalement sa vision de la réussite française actuelle sur la scène européenne.

Qu’est-ce qui pourrait expliquer une telle domination des clubs français et anglais sur les 2 compétitions européennes ?

Racing 92 – Saracens sur France 2 à 14h00

Selon moi, le contexte particulier lié à la Covid-19 jouent beaucoup sur les écarts de forme et de préparation. Le Leinster et même le Munster étaient très bien cette saison. Mais les Anglais et les Français semblent, en ce moment, être mieux physiquement et mentalement que les provinces celtes. Si les Anglais ont un peu plus jouer (ils avaient joué 4 matchs de championnat avec les quarts de finale de Champions Cup, contre 2 pour les Français), on ne peut pas dire qu’ils soient particulièrement fatigués non plus.

Mais au-delà de la présence de ces 2 nations, il est intéressant de noter que les deux demi-finales seront sur deux modèles de jeu très différents : le Racing 92 et les Saracens vont s’affronter avec une philosophie de jeu très pragmatique, efficace, s’appuyant sur une grosse conquête… tandis que la confrontation entre Exeter et Toulouse sera beaucoup portée sur l’attaque, le jeu debout.

Selon vous, qui part favori de la demi-finale entre le Racing 92 et les Sarries ?

En quart de finale, les deux clubs ont réalisé des matchs comparables : leur efficacité, en particulier celle des Saracens, m’a vraiment marquée. Ils ont un collectif très impressionnant, comme le Racing d’ailleurs. Dans le combat, ils  ont beaucoup envoyé. Ils ont aussi réussi à jouer avec un excellent Alex Goode en 10, alors qu’Owen Farrell était indisponible. D’ailleurs, son duel face à Finn Russell sera très intéressant à suivre.

J’avais vraiment des doutes sur la capacité de l’Ecossais à gérer des matchs de phase finale, mais son quart de finale a prouvé le contraire. L’année dernière, il a abusé de son talent individuel. Parfois, il faisait presque déjouer l’équipe. Cette année, je le trouve plus fiable, plus régulier.

Photo by Anthony Dibon/Icon Sport – Finn RUSSELL – Paris La Defense Arena – Paris (France)

Plus globalement, le Racing 92 est vraiment bien en ce début de saison. Les Franciliens tirent pleinement profit d’un effectif exceptionnel et au quasi-complet (pas de blessés, un seul suspendu).

Dans le groupe, beaucoup de joueur arrivent à maturité (Vakatawa,..) et des jeunes qui arrivent ( Colombe, Baubigny…). Teddy Iribaren tourne vraiment et tient bien sur la longueur maintenant. Et quand Machenaud rentre c’est du très haut niveau encore… Enfin, Camille Chat a été tout simplement exceptionnel à Clermont.

Le Racing 92 a donc clairement ses chances mais il va devoir augmenter son niveau par rapport à ce qui a été réalisé fait à Clermont.

Est-ce que Toulouse a ses chances à Exeter ?

Toulouse, c’est un gros collectif, avec une pépite, Cheslin Kolbe, capable de faire basculer un match à tout moment. Sur le quart de finale, il a encore été extraordinaire. En première ligne, les Français confirment. Derrière, les frères Arnold sont de super joueurs de ballon, et Tekori qui revient. Tolofua a été excellent également : c’est une révélation pour moi et un joueur à suivre cette saison. Derrière, Pita Akhi a été énorme : il a beaucoup avancé.

Mais le match sera plus dur à négocier pour Toulouse.

Exeter a un style de jeu comparable. La philosophie du club, comme au Stade Toulousain, correspond beaucoup aux nouvelles règles : le jeu debout, le mouvement.. Ils sortent du système anglais pragmatique, rigoureux, basé sur le jeu au pied. : ils jouent beaucoup, et les avants participent notamment énormément.

Exeter est clairement un club en pleine progression. Je me demande si leur situation géographique (ils sont un peu isolés dans le Sud-Ouest de l’Angleterre) se ne ressent pas dans leur gestion, dans leur façon de jouer. Ce côté atypique rend le club très intéressant.

Ils ont sorti de gros joueurs (Nowell, Slade…) et ont recruté Stuart Hogg qui colle parfaitement avec leur système de jeu. Devant, ils n’ont pas de grosses personnalités mais le pack est très dense et homogène.

Cette forme des clubs français est peut-être bon signe pour les matchs à venir du XV de France.  Comment jugez-vous le « renouveau » du XV de France ?

Je suis un peu sur ma faim suite à ce match en Ecosse. Sur les 3 matchs précédents, le XV de France a montré qu’il avait la capacité de rivaliser. Quand tu vas gagner au Pays de Galles, avec une équipe jeune, c’est vraiment fort. On voit qu’il y a du potentiel, un état d’esprit naissant. Et physiquement, ils ont vraiment été bluffant. Sur le 2ème match, le niveau physique a été maintenu, ce n’était pas arrivé depuis longtemps. Avant, les matchs qu’on perdait de 2 points, sur un drop, on sent qu’on est désormais capable de les gagner.  On voit un projet se dessiner, sur le long terme : le nouveau discours autour de la discipline, de la rigueur semble bien passer.

Pour l’automne, les voyants sont donc au vert.

  • Gillen Gamiochipi

    Gillen est data-journaliste et responsable éditorial de Branchez Rugby.